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Mutisme selectif chez l'enfant : reconnaitre et prendre en charge
Cliniques (orthophonie)8 min de lecture

Mutisme selectif chez l'enfant : reconnaitre et prendre en charge

Mutisme selectif chez l'enfant : symptomes, criteres DSM-5, diagnostic differentiel et prise en charge pluridisciplinaire (orthophoniste, psychologue, pedopsychiatre).

Par la rédaction Mayako

Notre méthodologie éditorialeMis à jour le

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Sommaire· 15 sections

Un enfant qui parle normalement a la maison mais ne dit pas un mot a l'ecole, chez le medecin ou face a des adultes inconnus pendant des mois souffre peut-etre d'un mutisme selectif. Ce trouble anxieux, decrit dans le DSM-5, est encore tres meconnu et souvent confondu avec une simple timidite. Sa prise en charge doit etre precoce et pluridisciplinaire.

A retenir — Ce contenu informatif ne remplace pas l'avis d'un medecin, d'un orthophoniste, d'un psychologue ou d'un pedopsychiatre. Le mutisme selectif est un trouble qui necessite un diagnostic professionnel.

1. Qu'est-ce que le mutisme selectif ?

Le mutisme selectif est defini dans le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 5e edition, American Psychiatric Association) comme un trouble anxieux classe parmi les troubles anxieux de l'enfant. Il se caracterise par l'incapacite a parler dans certaines situations sociales specifiques alors que le langage est parfaitement maitrise dans d'autres contextes (typiquement a la maison).

Selon les donnees epidemiologiques publiees (Black & Uhde, 1995 ; Bergman et al., 2002), la prevalence est estimee entre 0,7 et 1 % chez les enfants d'age scolaire, avec une nette predominance feminine et un debut entre 2 et 5 ans, souvent revele lors de l'entree a l'ecole maternelle.

2. Criteres diagnostiques DSM-5

Le DSM-5 retient cinq criteres :

1. Incapacite reguliere a parler dans des situations sociales specifiques (ou il y a une attente sociale de parler, ex. l'ecole), alors que l'enfant parle dans d'autres situations. 2. La perturbation interfere avec la reussite scolaire ou la communication sociale. 3. La duree est d'au moins un mois (pas le seul premier mois d'ecole). 4. L'incapacite a parler n'est pas due a une meconnaissance de la langue parlee dans la situation sociale. 5. Le trouble n'est pas mieux explique par un trouble de la communication (begaiement) et ne survient pas exclusivement dans le cadre d'un trouble du spectre autistique, d'une schizophrenie ou d'un autre trouble psychotique.

Seul un professionnel qualifie (pedopsychiatre, psychologue clinicien) peut poser ce diagnostic.

3. Comment reconnaitre un mutisme selectif ?

Les signes evocateurs, parfois decrits par les parents et les enseignants :

  • L'enfant parle normalement et abondamment a la maison avec les parents et la fratrie.
  • A l'ecole, en collectivite, devant un adulte inconnu : silence total, parfois pendant des mois.
  • L'enfant peut communiquer non verbalement (gestes, hochements, pointage, ecriture).
  • Posture figee, regard fuyant, expression faciale neutre dans les situations « bloquantes ».
  • Souvent associe a une anxiete sociale, perfectionnisme, sensibilite emotionnelle.
  • Eventuels symptomes somatiques (maux de ventre le matin, refus scolaire).

4. Diagnostic differentiel : ce n'est pas...

Le mutisme selectif est souvent confondu avec :

  • La timidite simple : la timidite recule devant la familiarite. Le mutisme selectif persiste meme apres des mois en presence des memes personnes.
  • Le retard ou trouble du langage : a la maison, l'enfant parle parfaitement.
  • Le trouble du spectre autistique : la communication non verbale (regard partage, jeu symbolique, theorie de l'esprit) est preservee dans le mutisme selectif.
  • Le mutisme post-traumatique : survient apres un evenement traumatique identifié (a explorer).
  • La barriere linguistique : un enfant qui ne maitrise pas encore la langue de scolarisation.
  • L'opposition : ce n'est ni un caprice ni de l'entetement. L'enfant ne peut pas parler, il ne refuse pas.
Pour un panorama plus large des troubles du langage, voir Quand consulter un orthophoniste pour son enfant et Retard de langage 2-3 ans : signes.

5. Quand et qui consulter ?

L'entree a l'ecole maternelle est souvent la periode reveletrice. Les recommandations cliniques s'accordent sur l'importance d'une prise en charge precoce, ideallement dans les 6 a 12 mois suivant le debut des symptomes :

1. Medecin traitant / pediatre : premiere ecoute, orientation. 2. Orthophoniste : bilan langage pour eliminer un trouble sous-jacent, evaluer la communication en situation « securisée », travail sur la communication progressive. 3. Psychologue clinicien specialise enfant : prise en charge de l'anxiete sous-jacente (TCC notamment). 4. Pedopsychiatre : diagnostic, coordination si forme severe ou comorbidite.

L'orthophoniste joue un role specifique : il evalue l'integrite du langage (verifie qu'il n'y a pas de trouble masque) et participe a la reconquete progressive de la parole en situation sociale, souvent en lien avec l'ecole.

6. Prise en charge : approche pluridisciplinaire

Les modeles de prise en charge les plus documentes (Bergman et al., 2013 ; Manassis, 2009 ; reseaux specialises europeens) reposent sur :

Therapie cognitivo-comportementale (TCC)

La TCC est le traitement de reference. Elle vise a :

  • Diminuer progressivement l'anxiete sociale par exposition graduee (« echelle de communication » : sons, chuchotement, mot, phrase, conversation).
  • Renforcer les comportements de communication par approbation chaleureuse.
  • Travailler les pensees catastrophiques chez les enfants plus grands.

Implication du milieu scolaire

L'ecole est un partenaire central :

  • Reunion de concertation avec enseignant, atsem, parents, orthophoniste, psychologue.
  • Strategies pour ne pas mettre l'enfant en situation de devoir parler en public.
  • Acceptation transitoire de modes de communication alternatifs (acquiescer, ecrire, parler a un camarade qui rapporte).
  • Plan d'accompagnement personnalise (PAP) ou projet d'accueil individualise (PAI) si necessaire.

Orthophonie

  • Premieres seances « silencieuses » centrees sur le jeu et la mise en confiance.
  • Approche par paliers : production de bruits, sons, syllabes, mots chuchotes, mots normaux.
  • Travail sur la communication non verbale d'abord, verbale ensuite.
  • Liens avec l'ecole pour transferer les acquis.

Traitement medicamenteux

Dans les formes severes et longues, un avis pedopsychiatrique peut conduire a prescrire un traitement anxiolytique (souvent un ISRS). Cette decision est strictement medicale et reservee aux cas selectionnes.

7. Pronostic

Selon les donnees publiees, le pronostic est globalement favorable lorsque la prise en charge est precoce (avant 8 ans) et coordonnee :

  • 60 a 80 % d'amelioration significative en 1 a 3 ans dans les etudes publiees.
  • Risque accru de trouble anxieux persistant a l'adolescence/age adulte sans traitement (anxiete sociale, phobie sociale).
  • Le retard de prise en charge figure le trouble : c'est la raison cle pour ne pas attendre.

8. Drapeaux rouges qui justifient une consultation rapide

  • L'enfant ne parle pas a l'ecole depuis plus d'un mois apres une periode d'adaptation normale.
  • Refus scolaire, somatisations matinales.
  • Regression : un enfant qui parlait commence a ne plus parler dans certains contextes.
  • Mutisme acquis (apres une periode de parole normale) : recherche obligatoire d'un traumatisme, evenement medical, ou autre etiologie.
  • Souffrance manifeste de l'enfant ou de la fratrie.

9. Le role des parents

Quelques principes consensuels :

  • Ne pas forcer a parler, ne pas faire de pression publique (« Dis bonjour ! »).
  • Ne pas parler a la place systematiquement, mais accepter une mediation transitoire.
  • Valoriser chaque tentative de communication, meme non verbale.
  • Eviter d'etiqueter publiquement (« il est timide », « il ne parle pas ») devant l'enfant.
  • Maintenir des occasions sociales graduees (cousins, voisins, petits groupes).
  • Coordonner les adultes referents (ecole, famille, soignants) pour un message coherent.

FAQ — Mutisme selectif

Le mutisme selectif est-il un caprice ? Non. C'est un trouble anxieux reconnu dans le DSM-5. L'enfant n'a pas le choix de parler ou non dans la situation bloquante : il est paralyse par l'anxiete, comme une personne phobique face a son objet de peur.

A partir de quand peut-on poser le diagnostic ? Les criteres DSM-5 exigent une duree d'au moins un mois, en excluant le premier mois d'ecole (periode d'adaptation normale). Le diagnostic est generalement pose entre 4 et 7 ans.

L'orthophoniste suffit-il pour traiter un mutisme selectif ? Non. La prise en charge est pluridisciplinaire (psychologue/TCC + orthophoniste + ecole + parents). L'orthophoniste seul ne peut pas porter l'ensemble du traitement, car le trouble est avant tout anxieux.

Combien de temps dure la prise en charge ? Selon la litterature clinique, la prise en charge dure en moyenne 1 a 3 ans, avec des progres souvent non lineaires. Les formes legeres et precocement traitees evoluent plus vite.

Un enfant mutique a l'ecole peut-il etre scolarise normalement ? Oui, dans la grande majorite des cas. Des amenagements (PAP, modes de communication alternatifs) permettent generalement de maintenir une scolarite ordinaire pendant le traitement.

Le mutisme selectif disparait-il tout seul ? Sans prise en charge, le trouble peut « evoluer » en anxiete sociale chronique, phobie sociale ou trouble anxieux generalise a l'adolescence. La non-intervention n'est pas une option recommandee.

Mon enfant parle a ses cousins mais pas a l'ecole : est-ce un mutisme selectif ? Pas necessairement. La parole avec les cousins peut etre intermittente et fragile. Le diagnostic exige une evaluation par un professionnel : si l'enfant parle dans plusieurs cercles sociaux familiers mais pas a l'ecole depuis plus d'un mois, un bilan est conseille.

Sources et references

  • American Psychiatric Association — DSM-5, Trouble de la communication et trouble anxieux du mutisme selectif, 2013.
  • HAS — Recommandations sur les troubles anxieux de l'enfant.
  • Bergman, R.L. et al. — Prevalence and description of selective mutism in a school-based sample, Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 2002.
  • Bergman, R.L. et al. — An integrated behavioral therapy for selective mutism, 2013.
  • Manassis, K. — Silent suffering: understanding and treating children with selective mutism, 2009.
  • Smi-France — Association pour le Mutisme selectif (ressources parents).
Ce contenu est mis a jour annuellement. Derniere revision : mai 2026.

Questions fréquentes

Le mutisme selectif est-il un caprice ?

Non. C'est un trouble anxieux reconnu dans le DSM-5. L'enfant n'a pas le choix de parler ou non dans la situation bloquante : il est paralyse par l'anxiete, comme une personne phobique face a son objet de peur.

A partir de quand peut-on poser le diagnostic ?

Les criteres DSM-5 exigent une duree d'au moins un mois, en excluant le premier mois d'ecole (periode d'adaptation normale). Le diagnostic est generalement pose entre 4 et 7 ans.

L'orthophoniste suffit-il pour traiter un mutisme selectif ?

Non. La prise en charge est pluridisciplinaire (psychologue/TCC + orthophoniste + ecole + parents). L'orthophoniste seul ne peut pas porter l'ensemble du traitement, car le trouble est avant tout anxieux.

Combien de temps dure la prise en charge ?

Selon la litterature clinique, la prise en charge dure en moyenne 1 a 3 ans, avec des progres souvent non lineaires. Les formes legeres et precocement traitees evoluent plus vite.

Un enfant mutique a l'ecole peut-il etre scolarise normalement ?

Oui, dans la grande majorite des cas. Des amenagements (PAP, modes de communication alternatifs) permettent generalement de maintenir une scolarite ordinaire pendant le traitement.

Le mutisme selectif disparait-il tout seul ?

Sans prise en charge, le trouble peut « evoluer » en anxiete sociale chronique, phobie sociale ou trouble anxieux generalise a l'adolescence. La non-intervention n'est pas une option recommandee.

Mon enfant parle a ses cousins mais pas a l'ecole : est-ce un mutisme selectif ?

Pas necessairement. La parole avec les cousins peut etre intermittente et fragile. Le diagnostic exige une evaluation par un professionnel : si l'enfant parle dans plusieurs cercles sociaux familiers mais pas a l'ecole depuis plus d'un mois, un bilan est conseille.

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