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Communication augmentée et alternative (CAA) pour l'aphasie
Cliniques (orthophonie)5 min de lecture

Communication augmentée et alternative (CAA) pour l'aphasie

CAA pour l'aphasie post-AVC : cahier image, applis tablette (Proloquo2Go, Niki Talk, ProxiPan), synthèse vocale, low-tech / mid-tech / high-tech. Critères de choix et remboursement MDPH.

Par la rédaction Mayako

Notre méthodologie éditorialeMis à jour le

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Sommaire· 11 sections

Votre proche, après un AVC, ne peut plus dire les mots qu'il a en tête. La rééducation orthophonique progresse, mais le quotidien continue : il faut commander au restaurant, dire qu'on a mal, demander un verre d'eau, raconter sa journée. C'est là qu'intervient la CAA — Communication Augmentée et Alternative : un ensemble d'outils et de stratégies, low-tech ou high-tech, qui vient en supplément de la rééducation pour rendre la communication possible maintenant. Ce guide s'inscrit en complément de notre guide complet sur l'aphasie post-AVC et du satellite Aidant d'une personne aphasique : guide pratique. Il s'appuie sur les recommandations de l'ASHA, de l'ISAAC (société internationale de la CAA), de la National Aphasia Association et de l'ANCRA en France.

À retenir. La CAA = ensemble d'outils + stratégies non-verbaux pour communiquer : cahier image, applis tablette, synthèse vocale, écriture. Elle est compatible avec la rééducation orthophonique et vient en supplément, jamais à la place. Bien introduite, elle ne ralentit pas la récupération du langage — elle réduit l'isolement et la frustration [ASHA, ISAAC, NAA].

1. Qu'est-ce que la CAA ?

CAA = Communication Augmentée et Alternative (en anglais AAC — Augmentative and Alternative Communication). Deux dimensions complémentaires :
  • Communication augmentée : on renforce la parole résiduelle (gestes, dessin, écriture, pictogrammes) pour la rendre plus compréhensible.
  • Communication alternative : on remplace la parole, totalement ou partiellement, par un autre canal (cahier image, tablette à synthèse vocale).
La CAA n'est pas réservée aux situations les plus sévères : elle s'adresse à toute personne dont la communication orale est temporairement ou durablement insuffisante pour les besoins du quotidien [ASHA, ISAAC].

2. Les trois niveaux de CAA

2.1 Low-tech (sans électronique)

Le cœur de la CAA en pratique francophone. Robuste, immédiat, sans batterie, personnalisable.
  • Cahier de communication illustré (photos famille, lieux, aliments, sentiments).
  • Tableaux de pictogrammes (ARASAAC, gratuits et libres).
  • Tableau alphabet pour épeler quand l'écriture est partiellement préservée.
  • Signes « oui / non » stables et convenus.

2.2 Mid-tech (boîtiers à messages enregistrés)

Boîtiers compacts avec quelques cases à pictogrammes et messages vocaux préenregistrés. Exemples : BIGmack (un message), GoTalk (4 à 32 messages physiques). Moins utilisés depuis la généralisation des tablettes, mais utiles pour des messages d'urgence ou des routines.

2.3 High-tech (tablettes, applications, eye-tracking)

  • Applications sur tablette (iOS / Android) avec synthèse vocale.
  • Logiciels de communication assistée sur ordinateur.
  • Dispositifs à commande oculaire (eye-tracking) réservés aux paralysies sévères (rares dans l'aphasie post-AVC isolée).
[ISAAC, ASHA, RERC on AAC]

3. Les outils low-tech essentiels

Le cahier de communication personnalisé est l'outil n°1 en pratique francophone. À construire avec l'orthophoniste, il contient :
  • Photos de la famille (conjoint, enfants, petits-enfants nommés).
  • Photos des lieux familiers (maison, ville, lieux de vacances).
  • Catégories pratiques : alimentation, vêtements, soins, transports, loisirs.
  • Page sentiments (joie, tristesse, douleur, colère, peur).
  • Page urgence (douleur localisée, malaise, besoin médical).
  • Tableau alphabet en page finale pour épeler les mots manquants.
À cela s'ajoutent les pictogrammes ARASAAC (banque libre et gratuite, parfait pour fabriquer des supports maison) et un système « oui / non » stable (par exemple : pouce levé / pouce baissé), validé avec l'orthophoniste.

4. Les applications CAA en français

AppliPlateformePrix indicatifNoteProloquo2GoiOS~250 €Référence internationale, voix françaiseNiki TalkiOS / Android / WebGratuit / payantTrès personnalisableGoTalk NowiOS~80 €Simple, robusteMetaTalk DEiOS / AndroidPayantVocabulaire structuréJABtalkAndroidGratuitOpen source, basiqueProxiPanAndroidVariableSolution francophone, adaptée aphasie adulteLe marché évolue régulièrement : demandez à l'orthophoniste ou à l'ergothérapeute une démonstration avant d'acheter [ANCRA, ISAAC].

5. Critères de choix d'une appli

Avant d'acheter, vérifier :
  • Vocabulaire français pré-installé suffisant pour l'adulte (pas seulement enfant).
  • Personnalisation par photos personnelles (visages de la famille, lieux propres).
  • Voix française naturelle (les synthèses vocales se sont beaucoup améliorées).
  • Ergonomie cognitive aphasie-friendly : icônes grandes, peu d'options par écran, navigation simple.
  • Prix : de gratuit à environ 300 €. La gratuité n'est pas toujours synonyme d'inadapté, ni le coût élevé de garantie de qualité.
  • Avis d'un orthophoniste formé à la CAA : indispensable avant l'achat.
[ASHA, ANCRA, Communication Matters]

6. Comment introduire la CAA sans frustrer

Trois principes-clés, répétés par toutes les recommandations [ASHA, ISAAC, NAA] : 1. Jamais à la place de l'effort de parole. La CAA arrive quand le mot bloque vraiment, pas avant. L'orthophoniste vous aide à fixer ce seuil. 2. Former l'aidant et la personne aphasique ensemble. Une appli installée sans formation de l'aidant est inutile dans 95 % des cas. 3. Démarrer simple, enrichir progressivement. Quelques photos, quelques mots-clés au début. Au bout de 3 mois, le vocabulaire s'élargit naturellement. Démarrer la CAA sur des moments clairs (commande au restaurant, hôpital, urgence) puis l'étendre quand l'usage devient fluide. Valider chaque communication réussie — c'est aussi gratifiant pour la personne aphasique qu'un mot dit oralement.

7. Remboursement et financement

En France, plusieurs voies de financement :
  • MDPH — Prestation de Compensation du Handicap (PCH), volet aide technique : peut couvrir tout ou partie d'une tablette CAA et de l'appli, sur dossier avec préconisation orthophoniste / ergothérapeute.
  • Mutuelle : certains contrats prennent en charge les aides techniques sur facture.
  • Associations : France AVC peut conseiller, parfois soutenir financièrement via des fonds de solidarité.
  • Auto-financement : pour les petites applis (10–100 €), souvent plus simple que monter un dossier.
[MDPH, France AVC]

8. Pour aller plus loin

Ressources institutionnelles : ASHA (Practice Portal AAC), ISAAC (société internationale), ANCRA (France), France AVC, National Aphasia Association, Communication Matters UK. --- Cet article a une visée informative. La CAA est un complément à la rééducation orthophonique, pas un substitut. Toute introduction d'un outil de CAA doit être discutée avec l'orthophoniste et, le cas échéant, l'ergothérapeute en charge de votre proche.

Questions fréquentes

La CAA remplace-t-elle l'orthophonie ?

Non, jamais. La CAA vient en supplément de la rééducation orthophonique, pour soutenir la communication aux moments où la parole bloque. Elle ne remplace ni le travail de récupération de la parole, ni les séances d'orthophonie. Plusieurs études ASHA et de la NAA confirment que la CAA bien introduite ne ralentit pas la récupération du langage — elle la soutient en réduisant la frustration et l'isolement [ASHA, NAA].

Quelle différence entre low-tech, mid-tech et high-tech ?

Low-tech = supports non électroniques : cahier image, tableau alphabet, planches de pictogrammes papier. Mid-tech = boîtiers à messages enregistrés (BIGmack, GoTalk physique). High-tech = applications sur tablette ou ordinateur avec synthèse vocale, voire dispositifs à commande oculaire (eye-tracking) pour les situations les plus sévères [ISAAC, ASHA].

Quelle appli CAA choisir en français ?

Plusieurs solutions existent en français : Proloquo2Go (iOS, voix française disponible), Niki Talk (multi-plateformes, personnalisable), GoTalk Now, MetaTalk DE, JABtalk (Android, gratuit), et la solution francophone ProxiPan adaptée à l'aphasie adulte. Le choix dépend du système (iOS / Android), du vocabulaire pré-installé en français, de la facilité de personnalisation, et du budget (de la gratuité à 300 €).

Le cahier de communication papier est-il dépassé ?

Non. Le cahier image personnalisé reste l'outil le plus utilisé en pratique francophone, parce qu'il est immédiatement disponible, robuste, ne tombe jamais en panne de batterie, et personnalisable à l'infini avec des photos de la famille, des lieux, des aliments. Il se construit avec l'orthophoniste et l'aidant familial [France AVC, NAA].

Comment introduire la CAA sans frustrer mon proche ?

Trois principes : 1) Ne jamais remplacer l'effort de parole — la CAA arrive en supplément, quand le mot bloque vraiment. 2) Former l'aidant et la personne aphasique ensemble : sans aidant qui sait utiliser l'outil, la CAA est inefficace. 3) Démarrer simple : quelques photos clés, quelques mots de base, puis enrichir progressivement. L'orthophoniste est le partenaire indispensable [ISAAC, ASHA].

La MDPH rembourse-t-elle une tablette CAA ?

Sous conditions, oui. La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) — volet aide technique — peut financer tout ou partie d'un dispositif de CAA. Il faut un dossier MDPH avec préconisation d'un orthophoniste et/ou d'un ergothérapeute. Les mutuelles complètent parfois. France AVC peut conseiller sur le montage du dossier [MDPH, service-public.fr].

L'eye-tracking est-il accessible aux personnes aphasiques ?

Les dispositifs à commande oculaire (Tobii, Eyegaze) sont surtout indiqués pour les paralysies sévères (SLA, locked-in syndrome) où la motricité manuelle est perdue. Pour l'aphasie post-AVC isolée, ils sont rarement nécessaires : le patient garde généralement une motricité manuelle suffisante pour pointer ou utiliser un écran tactile [ASHA, RERC on AAC].

Mon proche refuse la CAA, que faire ?

C'est fréquent au début : la CAA est vécue comme l'aveu d'un échec de la parole. Plusieurs leviers : introduire l'outil progressivement, montrer qu'il sert ponctuellement (commander au restaurant, dire l'essentiel à l'hôpital), valoriser la parole résiduelle, et travailler avec l'orthophoniste sur l'acceptation. Un groupe de conversation France AVC où d'autres aphasiques utilisent la CAA peut beaucoup aider [France AVC, NAA].
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