Sommaire· 11 sections
Votre proche a déjà fait un AVC. Il vit avec une aphasie chronique. Ce soir, sa parole vous paraît différente, son sourire un peu de travers, son bras un peu plus lourd. Est-ce une fatigue de fin de journée, un accroc passager — ou le tout début d'une récidive d'AVC qu'il faut prendre en charge dans la minute ? Ce guide vous donne les repères concrets pour reconnaître une récidive, savoir réagir dans la bonne fenêtre temporelle, et organiser la prévention. Il prolonge notre guide complet sur l'aphasie post-AVC et le guide pour les aidants familiaux.
URGENCE — Méthode FAST. Si vous voyez un seul des signes suivants apparaître soudainement : Face (asymétrie du visage), Arm (faiblesse d'un bras), Speech (parole brutalement altérée, aggravation soudaine de l'aphasie, ou impossibilité de parler), Time (notez l'heure exacte et appelez le 15 ou le 112 IMMÉDIATEMENT). Ne conduisez pas, ne minimisez pas, ne consultez pas le médecin traitant : seul le SAMU peut activer la filière neuro-vasculaire dans la bonne fenêtre. [HAS 2022, SFNV, Ameli]
1. La méthode FAST en détail
La méthode FAST (acronyme anglais devenu standard international) est l'outil de dépistage grand public le plus diffusé. Quatre lettres, quatre signes, une conduite à tenir.1.1 F — Face (visage)
Demandez à votre proche de sourire ou de montrer ses dents. Cherchez une asymétrie soudaine : un coin de la bouche qui tombe, une paupière qui ne se ferme plus complètement, une joue qui s'affaisse d'un seul côté. C'est l'un des signes les plus visibles et les plus parlants. Attention : une asymétrie ancienne, séquellaire du premier AVC, n'est pas un signe d'alerte. Ce qui compte, c'est l'apparition récente et brutale, par rapport à l'état habituel.1.2 A — Arm (bras)
Demandez à votre proche de lever les deux bras devant lui, paumes vers le haut, et de les maintenir 10 secondes. Cherchez : un bras qui tombe ou dérive vers le bas alors qu'il restait stable la veille, une faiblesse soudaine d'un côté, une incapacité à serrer la main comparée à l'autre côté. Le même test sur les jambes (debout, écarter les pieds, se tenir droit) peut révéler une faiblesse soudaine d'un membre inférieur.1.3 S — Speech (parole)
Chez une personne déjà aphasique, ce critère est plus subtil. On cherche un changement par rapport à l'état habituel :- aggravation soudaine de l'aphasie (la personne qui dit habituellement quelques mots devient brutalement muette) ;
- élocution pâteuse nouvelle, parole « bouillie », bouche déformée ;
- production de mots nouveaux et incohérents alors que le langage chronique était stable ;
- impossibilité de comprendre une consigne simple qu'elle comprenait la veille.
1.4 T — Time (heure)
L'élément clé. La fenêtre thrombolyse (administration d'un traitement qui dissout le caillot) est de 4h30 après l'apparition des symptômes. Au-delà, la thrombectomie mécanique reste possible dans certains centres spécialisés jusqu'à 24h, mais avec des bénéfices décroissants. Chaque minute coûte des neurones. Notez l'heure EXACTE du début des symptômes — c'est l'information la plus précieuse à donner aux secours. Si vous ne l'avez pas vue débuter, donnez la dernière heure à laquelle votre proche était dans son état habituel.2. Pourquoi la récidive est plus probable après un premier AVC
Le risque de récidive d'un AVC est multiplié par 3 à 5 sur 5 ans chez une personne ayant déjà fait un AVC, comparé à la population générale. Ce risque est concentré sur les premières semaines suivant l'AVC initial, puis décroît progressivement, mais reste élevé toute la vie [HAS 2022, SFNV]. Mécanismes principaux :- Origine cardiaque : fibrillation atriale, valvulopathie, dysfonction ventriculaire gauche.
- Origine athéromateuse : sténose des carotides, athérome des troncs supra-aortiques.
- Origine lacunaire : microangiopathie liée à l'hypertension chronique mal contrôlée.
- Facteurs de risque non corrigés : tabac, diabète, dyslipidémie, sédentarité, obésité.
3. Différencier aggravation chronique et récidive aiguë
CritèreAphasie chronique fluctuanteRécidive d'AVCVitesse d'installationProgressive (heures, jours)Brutale (secondes, minutes)DéclencheurFatigue, stress, contexteAucun déclencheur identifiableSymptômes associésAucun nouveau signeSouvent autres signes FAST (face, bras)Évolution sur quelques heuresRécupération avec reposPersistance ou aggravationComparaison à la veilleVariation dans la même gammeNet décrochage par rapport à l'état habituelEn cas de doute, le réflexe est toujours le même : 15 / 112. Les médecins régulateurs trient les appels, ce n'est pas vous qui décidez si l'appel est justifié.4. Que faire en attendant le SAMU
Une fois le 15 appelé, en attendant l'arrivée des secours :- Noter l'heure exacte du début des symptômes (ou la dernière heure d'état normal).
- Allonger la personne en position latérale de sécurité si elle perd connaissance ou si elle est somnolente.
- Ne rien donner à boire ni à manger : risque majeur de fausse route si une atteinte de la déglutition existe.
- Rassembler la liste des traitements en cours (ordonnance), la carte vitale, la pièce d'identité.
- Déverrouiller la porte d'entrée et descendre attendre les secours si possible.
- Rester calme, parler doucement à votre proche, le rassurer même s'il ne semble pas comprendre — la perception émotionnelle reste souvent intacte.
5. Prévention de la récidive — les piliers (HAS 2022)
La recommandation HAS de 2022 sur la prévention vasculaire après un infarctus cérébral ou un AIT fixe les objectifs suivants.- Antithrombotique au long cours : aspirine, clopidogrel ou anticoagulant selon l'étiologie (FA = anticoagulation). Jamais d'arrêt sans avis médical [ANSM, HAS 2022].
- Hypertension : objectif < 130/80 mmHg chez la majorité des patients. Mesures à domicile recommandées.
- Statines à dose forte : objectif LDL-cholestérol < 0,7 g/L (1,8 mmol/L) après un infarctus cérébral d'origine athéromateuse.
- Diabète : HbA1c personnalisée, en général < 7 %.
- Arrêt total du tabac : facteur de risque majeur, le bénéfice de l'arrêt est rapide.
- Activité physique adaptée : 30 minutes 5 fois par semaine en endurance modérée, adaptée au handicap.
- Régime méditerranéen, limitation du sel (< 6 g/j), limitation de l'alcool.
- Surveillance de la fibrillation atriale (Holter ECG longue durée si AVC cryptogénique).
6. Le bilan post-AVC à 6 mois
Six mois après un AVC, un bilan structuré est recommandé pour évaluer la récupération, ajuster la prévention secondaire et accompagner le retour au quotidien.- Consultation neurologique ou de médecine physique et réadaptation (MPR) : examen clinique, évaluation des séquelles motrices, langagières, cognitives.
- Bilan neuropsychologique : mémoire, attention, fonctions exécutives.
- Bilan orthophonique d'évolution (voir notre guide pilier).
- ETT (échographie cardiaque transthoracique) si non réalisée à la phase aiguë.
- Écho-doppler des troncs supra-aortiques pour surveiller les carotides.
- Bilan biologique : HbA1c, bilan lipidique complet, créatininémie, NFS.
- Réévaluation des facteurs de risque cardiovasculaires : tension à domicile, tabac, poids, sédentarité.
7. Pour aller plus loin
- Aphasie post-AVC : le guide complet — le pilier du cluster.
- Aidant d'une personne aphasique : guide pratique — le quotidien et les ressources.
- Ameli — AVC, symptômes et conduite à tenir : ameli.fr/avc.
- SFNV (Société Française Neuro-Vasculaire) : recommandations professionnelles et grand public.
- France AVC : association nationale, écoute et soutien.
Questions fréquentes
Quels sont les 4 signes FAST d'un AVC ?
Pourquoi le risque de récidive est-il plus élevé après un AVC ?
Comment distinguer aggravation de l'aphasie chronique et récidive aiguë ?
Que faire en attendant les secours ?
Qu'est-ce que la fenêtre thrombolyse ?
Quel bilan post-AVC à 6 mois ?
Faut-il avoir peur d'un AIT ?
Aphasie post-AVC : le guide complet 2026
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