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Les différents types d'aphasie : classification clinique 2026
Cliniques (orthophonie)7 min de lecture

Les différents types d'aphasie : classification clinique 2026

Aphasie de Broca, Wernicke, globale, conduction, transcorticales, anomique : caractéristiques cliniques, zones lésionnelles, conséquences sur la communication et implications rééducatives.

Par la rédaction Mayako

Notre méthodologie éditorialeMis à jour le

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Sommaire· 23 sections

L'aphasie n'est pas un trouble unique. Selon la zone du cerveau touchée par l'AVC ou une autre lésion, elle prend des visages très différents : silence presque total, débit fluide mais incompréhensible, manque du mot isolé, erreurs sur les sons… Comprendre les grandes formes cliniques aide à savoir à quoi s'attendre, à mieux dialoguer avec l'équipe soignante et à entrer dans le bilan orthophonique sans se sentir perdu. Cet article prolonge notre guide complet sur l'aphasie post-AVC.

À retenir. La classification clinique classique (Boston, BDAE) distingue 8 formes principales d'aphasie, regroupées selon deux axes : la fluence (le débit est-il laborieux ou abondant ?) et la compréhension (préservée ou altérée ?). Les 4 grands types les plus fréquents : Broca (non fluente, compréhension préservée), Wernicke (fluente, compréhension altérée), globale (sévère sur les deux axes) et conduction (fluente, répétition altérée). [ASHA, BDAE, HAS 2022]

1. Pourquoi classer les aphasies ?

La classification clinique n'est pas un exercice académique. Elle sert trois objectifs concrets.
  • Orienter la rééducation. Une aphasie de Broca sévère relève souvent d'une approche comme la Melodic Intonation Therapy (MIT), alors qu'une aphasie anomique répond mieux à la Semantic Feature Analysis (SFA) ou à des techniques d'évocation lexicale. Le choix n'est pas le même.
  • Informer le pronostic. Le type d'aphasie initial est l'un des prédicteurs reconnus de la trajectoire de récupération (voir pronostic post-AVC) [Pedersen 1995, Cochrane 2016].
  • Aider la famille à comprendre. Savoir que le proche comprend (Broca) ou qu'il a au contraire du mal à décoder ce qu'on lui dit (Wernicke) change tout dans la communication quotidienne.
La taxonomie utilisée par la majorité des orthophonistes et services de MPR francophones reste la classification de Boston (Goodglass, Kaplan, Barresi), opérationnalisée par le Boston Diagnostic Aphasia Examination (BDAE) et son adaptation française HDAE.

2. Aphasie de Broca — expression non fluente

2.1 Caractéristiques cliniques

L'aphasie de Broca, dite non fluente ou motrice, est caractérisée par un discours laborieux, des phrases courtes, des pauses, un effort visible pour produire chaque mot. Le patient sait ce qu'il veut dire, le mot est là, quelque part — mais l'accès est entravé. Trois signes distinctifs :
  • Agrammatisme : les petits mots grammaticaux (articles, prépositions, conjugaisons) tombent. « Hier… moi… docteur… cabinet… long » pour « hier je suis allé chez le docteur et l'attente a été longue ».
  • Manque du mot fréquent, avec parfois des paraphasies phonémiques.
  • Compréhension relativement préservée, surtout pour les énoncés simples du quotidien — la personne comprend ce qu'on lui dit.

2.2 Localisation

La lésion touche classiquement l'aire de Broca dans le lobe frontal inférieur gauche (gyrus frontal inférieur, opercule et triangulaire), souvent étendue à la substance blanche sous-jacente et à l'insula. C'est l'une des zones les plus vulnérables aux AVC ischémiques sylviens.

2.3 Conscience préservée et frustration

Le patient avec aphasie de Broca est typiquement conscient de ses difficultés. Cette conscience, douloureuse, génère frustration, parfois larmes ou colère. C'est aussi un atout thérapeutique : l'engagement dans la rééducation est généralement bon.

3. Aphasie de Wernicke — réceptive fluente

3.1 Caractéristiques cliniques

L'aphasie de Wernicke, dite fluente ou réceptive, est en miroir de la précédente : le débit est conservé voire abondant, mais le contenu est altéré, la compréhension est touchée.
  • Jargonaphasie : discours fluide mais incompréhensible, mots inventés (néologismes), paraphasies sémantiques (« la cuillère » pour « la fourchette ») et phonémiques.
  • Compréhension orale altérée : la personne ne décode pas toujours ce qu'on lui dit, même pour des phrases simples.
  • Anosognosie partielle fréquente : le patient n'a pas toujours conscience de la déviance de sa propre production, ce qui rend la rééducation initialement plus complexe.

3.2 Localisation

La lésion touche l'aire de Wernicke, dans le lobe temporal supérieur postérieur gauche (gyrus temporal supérieur, jonction temporo-pariétale). L'extension à l'aire de Heschl, au gyrus angulaire ou supramarginal explique des troubles associés (lecture, écriture, calcul).

3.3 Conséquences pour l'entourage

Pour les proches, l'aphasie de Wernicke est déroutante : le débit fluide laisse penser que la personne « parle bien ». L'illusion se dissipe quand on réalise que les phrases n'ont pas le sens attendu et qu'elle ne suit pas vos consignes. Voir Comment aider son proche aphasique pour des repères concrets.

4. Aphasie globale — la plus sévère

4.1 Caractéristiques

L'aphasie globale combine atteinte sévère de l'expression et de la compréhension. Le patient produit peu ou pas de langage volontaire, souvent réduit à quelques mots stéréotypés ou à des automatismes (« oui-oui-oui », jurons, prénom). La compréhension est très limitée.

4.2 Localisation

La lésion est étendue, touchant à la fois les zones antérieures (Broca) et postérieures (Wernicke) de l'hémisphère gauche, souvent par occlusion proximale de l'artère cérébrale moyenne.

4.3 Communication non verbale

Dans les formes globales sévères, la communication passe avant tout par le non-verbal : regard, mimiques, gestes, pointage, photos, supports visuels. Le travail de l'orthophoniste et de l'aidant porte d'abord sur ces canaux. Voir notre satellite à venir sur la CAA.

4.4 Évolution possible

L'aphasie globale initiale n'est pas le pronostic final. Beaucoup de patients évoluent dans les semaines suivantes vers une forme moins sévère, le plus souvent une aphasie de Broca résiduelle, à condition que la rééducation soit précoce et intensive [HAS 2022, Cochrane 2016].

5. Aphasie de conduction

5.1 Caractéristiques

L'aphasie de conduction est fluente, avec compréhension relativement préservée, mais marquée par :
  • des paraphasies phonémiques abondantes (« tabe » pour « table », « parache » pour « parachute »),
  • une répétition fortement altérée : la personne ne peut pas répéter correctement un mot ou une phrase qu'on lui dit, même s'il la comprend,
  • une conscience aiguë des erreurs, avec tentatives répétées de correction (« conduite d'approche »).

5.2 Localisation

La lésion touche classiquement le faisceau arqué, faisceau de substance blanche reliant l'aire de Wernicke à l'aire de Broca, ou le gyrus supramarginal. C'est l'archétype de l'aphasie de déconnexion.

6. Aphasies transcorticales

Les aphasies transcorticales se distinguent par une répétition relativement préservée, alors que l'expression ou la compréhension sont altérées. La lésion respecte le « cœur » périsylvien du langage et touche les zones de bordure (« watershed »), souvent en cas d'hypoperfusion globale.
  • Transcorticale motrice : non fluente comme une Broca, mais répétition conservée. Lésion frontale antérieure à l'aire de Broca.
  • Transcorticale sensorielle : fluente comme une Wernicke, mais répétition conservée. Lésion temporo-pariétale postérieure à l'aire de Wernicke.
  • Transcorticale mixte (ou « isolation du langage ») : forme la plus sévère, expression et compréhension très réduites, seule la répétition reste — parfois automatique, en écholalie.

7. Aphasie anomique

7.1 Caractéristiques

L'aphasie anomique est dominée par le manque du mot : le patient parle de façon fluide, comprend bien, répète correctement, mais bute sur le nom des objets, des personnes, des concepts. Les phrases deviennent vagues (« le truc », « ce machin »), avec circonlocutions.

7.2 Quand survient-elle ?

L'aphasie anomique se présente sous deux contextes :
  • D'emblée, après une lésion temporale ou pariétale gauche limitée.
  • Comme forme résiduelle après évolution favorable d'une aphasie initialement plus sévère (Broca, Wernicke, globale).
C'est statistiquement l'une des formes les plus fréquentes à distance de l'AVC, et l'une de celles qui répond le mieux à la rééducation par Semantic Feature Analysis (SFA) et techniques d'évocation lexicale [ASHA].

8. Pourquoi le bilan orthophonique précis change tout

Identifier le type d'aphasie ne sert pas à coller une étiquette, mais à adapter la rééducation. Quelques exemples opérationnels :
  • Broca sévère → travail sur les automatismes, MIT (chant et prosodie), reconstruction phrastique.
  • Wernicke → travail de compréhension lexicale, contrôle de la production, monitoring auditif.
  • Conduction → travail de la répétition, mémoire phonologique de travail.
  • Anomique → SFA, évocation par catégories, indices phonologiques et sémantiques.
  • Globale → CAA, communication multimodale, supports visuels avec l'entourage.
Le bilan orthophonique mobilise des batteries standardisées (HDAE/BDAE, MTA, échelles fonctionnelles de communication) et un entretien fonctionnel. Il aboutit à des objectifs SMART discutés avec le patient et sa famille, et à un plan de rééducation conforme aux recommandations HAS 2022 et ASHA.

9. Pour aller plus loin

  • Bilan orthophonique de l'aphasie post-AVC — satellite à venir.
--- Cet article a une visée informative. La classification précise de l'aphasie d'un patient ne peut être posée que par un orthophoniste, un neurologue ou un médecin MPR, sur la base d'un bilan structuré. Toute orientation thérapeutique doit être discutée avec l'équipe soignante.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de types d'aphasie ?

La classification clinique classique (Boston, BDAE) distingue 8 grandes formes : Broca, Wernicke, globale, conduction, transcorticale motrice, transcorticale sensorielle, transcorticale mixte et anomique. On les regroupe souvent en 4 grands ensembles : non fluentes (Broca, transcorticale motrice, globale), fluentes (Wernicke, transcorticale sensorielle, conduction, anomique) et les formes mixtes [ASHA, BDAE].

Quelle est la différence entre Broca et Wernicke ?

L'aphasie de Broca est non fluente : le patient comprend bien mais peine à produire les mots, le discours est laborieux et agrammatique. L'aphasie de Wernicke est fluente : le débit est conservé voire abondant, mais la compréhension est altérée et les phrases peuvent être incompréhensibles (jargonaphasie). La localisation lésionnelle diffère : frontale gauche pour Broca, temporale gauche pour Wernicke [ASHA, BDAE].

L'aphasie globale est-elle définitive ?

L'aphasie globale initiale n'est pas un pronostic figé. Beaucoup de patients évoluent dans les semaines et mois suivants vers une forme moins sévère (souvent une aphasie de Broca résiduelle). La rééducation orthophonique précoce et intensive influence cette évolution. Voir notre [satellite sur le pronostic](/blog/aphasie-pronostic-recuperation-3-6-mois) [Cochrane 2016, HAS 2022].

Qu'est-ce qu'une paraphasie phonémique ?

Une paraphasie phonémique est une erreur de production où le patient remplace, omet ou ajoute des sons dans un mot : « tabe » pour « table », « lalon » pour « ballon ». Elle est caractéristique de l'aphasie de conduction, qui touche le faisceau arqué reliant les aires de Broca et de Wernicke [BDAE].

L'aphasie anomique est-elle moins grave ?

L'aphasie anomique est souvent la forme la moins sévère sur le plan de la fluence et de la compréhension, mais le manque du mot peut être très handicapant au quotidien (conversation, profession, lecture). Elle est aussi fréquente comme forme résiduelle après amélioration d'une aphasie plus sévère [ASHA].

Le type d'aphasie change-t-il la rééducation ?

Oui. Le bilan orthophonique identifie le type pour adapter les techniques : Melodic Intonation Therapy (MIT) sur les Broca sévères, Semantic Feature Analysis (SFA) sur l'aphasie anomique, travail de compréhension lexicale et sémantique sur les Wernicke, exercices de répétition et de monitoring phonologique sur les conduction [HAS 2022, ASHA].

Pourquoi parle-t-on de classification « 2026 » ?

La taxonomie clinique de référence (Boston) date des années 1970 mais reste utilisée. Les recommandations contemporaines (HAS 2022, ASHA, SOFMER) y associent désormais une lecture neuro-anatomique fine (IRM, faisceaux de substance blanche) et fonctionnelle (échelles de communication écologique). « Classification 2026 » désigne ici cette lecture intégrée actuelle.

Le bilan orthophonique est-il obligatoire pour classer l'aphasie ?

Oui, et il est remboursé par l'Assurance Maladie sur prescription médicale. Sans bilan structuré (HDAE, BDAE, MTA, ou batteries adaptées), on ne peut pas définir précisément les axes de rééducation. Voir notre satellite à venir sur le bilan orthophonique aphasie.
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