Sommaire· 8 sections
Votre proche s'est réveillé d'un AVC en parlant « comme s'il avait bu ». Sa bouche articule mal, sa voix est faible, sa parole pâteuse — mais quand vous lui parlez, il comprend tout, il répond avec les bons mots, juste mal prononcés. Vous vous demandez : est-ce de l'aphasie ? Probablement non. C'est plus vraisemblablement une dysarthrie, un trouble distinct, fréquent après un AVC, qui se rééduque très bien en orthophonie. Ce guide vous explique ce qu'est une dysarthrie, comment la différencier de l'aphasie et de l'apraxie de la parole, et comment se déroule la rééducation. Il s'inscrit dans notre cluster sur l'aphasie post-AVC.
À retenir. Dysarthrie ≠ aphasie. La dysarthrie est un trouble moteur de la parole : les muscles articulatoires sont affaiblis ou mal coordonnés, mais le langage est intact. L'aphasie est un trouble du langage : difficulté à trouver les mots, à comprendre, à construire des phrases. Les deux peuvent coexister après un AVC, mais la prise en charge et le pronostic ne sont pas les mêmes [ASHA, Darley-Aronson-Brown].
1. Qu'est-ce que la dysarthrie ?
La dysarthrie est définie comme un trouble moteur de la parole consécutif à une atteinte du système nerveux central ou périphérique commandant les muscles de la respiration, de la phonation, de la résonance et de l'articulation. Concrètement, la personne dysarthrique présente :- une parole pâteuse, mal articulée, parfois inintelligible ;
- un débit altéré : trop lent, trop rapide, saccadé, monotone ;
- une voix faible ou rauque, parfois soufflée, parfois étranglée ;
- un souffle court, des fins de phrase qui s'éteignent ;
- une bavage possible si la fermeture labiale est faible ;
- une fatigabilité importante lors de la parole prolongée.
2. Les six grands types de dysarthrie (classification de Mayo)
La classification de référence reste celle de Darley, Aronson et Brown (Mayo Clinic, 1975), qui distingue six types selon la localisation de l'atteinte neurologique [Darley-Aronson-Brown, ASHA] :- Dysarthrie flasque : atteinte du motoneurone inférieur. Voix soufflée, hypernasalité, faiblesse linguale.
- Dysarthrie spastique : atteinte bilatérale du motoneurone supérieur. Voix forcée, débit lent et laborieux. Fréquente dans les AVC bilatéraux ou les pathologies dégénératives.
- Dysarthrie ataxique : atteinte cérébelleuse. Parole « ébrieuse », imprécision articulatoire, prosodie irrégulière.
- Dysarthrie hypokinétique : atteinte des noyaux gris centraux (Parkinson). Voix faible et monotone, débit accéléré paradoxal, festination.
- Dysarthrie hyperkinétique : mouvements involontaires (chorée, dystonie). Imprécisions et arrêts soudains.
- Dysarthrie mixte : combinaison des précédentes. Fréquente après AVC étendus.
3. Diagnostic différentiel : aphasie, dysarthrie, apraxie
C'est le tableau le plus utile pour les familles et les soignants non spécialistes. Trois entités distinctes peuvent coexister après un AVC. CritèreAphasieDysarthrieApraxie de la paroleNature du troubleLangage (mots, sens, grammaire)Moteur (muscles)Programmation motriceCompréhension oraleAltérée (selon type)PréservéePréservéeChoix des motsManque du mot, paraphasiesMots justesMots justesArticulationVariablePâteuse, lenteTâtonnante, recherche de positionsForce musculaire boucheNormaleDiminuéeNormaleConstance des erreursStableStableInconstante (mêmes mots dits parfois bien, parfois mal)ÉcritureSouvent atteintePréservéePréservéePour aller plus loin sur les types d'aphasie, voir notre satellite Types d'aphasie : Broca, Wernicke, globale, conduction.4. Le bilan orthophonique de dysarthrie
L'orthophoniste réalise un bilan structuré, généralement remboursé sur prescription médicale (AMO 24).- Anamnèse : circonstances de l'AVC, plainte, retentissement, traitements.
- Examen des organes phonateurs : symétrie du visage, langue, voile du palais, fermeture labiale, force et mobilité.
- Tâches de répétition : syllabes diadococinétiques (Pa-Pa-Pa, Ta-Ta-Ta, Ka-Ka-Ka, puis Pa-Ta-Ka). Évaluation de la vitesse, de la régularité et de la précision.
- Lecture à voix haute d'un texte standard pour mesurer l'intelligibilité.
- Parole spontanée et conversation : observation en situation écologique.
- Évaluation respiratoire : durée d'expiration sur /a/, contrôle du souffle phonatoire.
- Enregistrement audio pour comparaison dans le temps.
5. La rééducation orthophonique
La rééducation cible plusieurs axes en parallèle [ASHA, HAS, Cochrane].- Souffle et respiration : exercices de respiration costo-diaphragmatique, contrôle expiratoire, soutien du souffle phonatoire.
- Mobilité bucco-faciale : exercices de méthode Beckman (stimulations passives et actives), tonification des lèvres, de la langue, du voile.
- Voix et phonation : travail de l'intensité (parler plus fort), de la hauteur, de la qualité vocale.
- Articulation : ralentissement du débit, exagération articulatoire, exercices ciblés sur les phonèmes les plus altérés.
- Prosodie : restauration des accents, des pauses, de l'intonation.
- Intelligibilité globale : entraînement en lecture, en répétition, en conversation, parfois avec retour audio.
- Protocole LSVT-LOUD dans certaines indications (Parkinson surtout, parfois post-AVC) : 4 semaines, 16 séances intensives, focus sur l'amplification vocale.
6. Aides techniques et prothèses
Quand la rééducation ne suffit pas à restaurer une intelligibilité fonctionnelle, des aides existent :- Amplificateurs vocaux portatifs pour les voix faibles.
- Synthèses vocales sur tablette pour les dysarthries sévères.
- Plaque palatine dans certaines hyper-nasalités.
- Supports écrits de secours pour les situations sociales.
7. Quand consulter ORL et MPR
L'orthophoniste travaille en équipe avec d'autres spécialistes.- ORL : avis nécessaire en cas de dysphonie marquée, suspicion d'atteinte des cordes vocales, ou dysphagie sévère. Nasofibroscopie possible.
- Médecin MPR (médecine physique et de réadaptation) : coordination du parcours, prescription de la rééducation, orientation vers les structures spécialisées.
- Neurologue : suivi de la pathologie causale, ajustement des traitements.
- Diététicien en cas de dysphagie associée et d'adaptation des textures.
8. Pour aller plus loin
- Aphasie post-AVC : le guide complet — le pilier du cluster.
- Types d'aphasie : Broca, Wernicke, globale, conduction — différencier les tableaux langagiers.
- Apraxie de la parole post-AVC — le troisième tableau moteur.
- Aidant d'une personne aphasique — pour les proches.
Questions fréquentes
Quelle différence entre dysarthrie et aphasie ?
La dysarthrie post-AVC se rééduque-t-elle ?
Combien de séances d'orthophonie sont nécessaires ?
Existe-t-il une apraxie de la parole ?
Que faire en cas de dysphagie associée ?
Qu'est-ce que la méthode LSVT-LOUD ?
Faut-il consulter un ORL ?
Aphasie post-AVC : le guide complet 2026
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