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"Mon enfant a une dyslexie : est-ce ma faute ? Est-ce parce qu'il a peu lu petit ?" Ces questions reviennent souvent dans les consultations de bilan dys. Elles meritent une reponse claire : la dyslexie est un trouble neurodeveloppemental dont les causes sont aujourd'hui mieux comprises grace aux travaux de neuroscience et de genetique. Cet article fait le point sur l'etat des connaissances scientifiques en 2025, sources INSERM, peer-reviewed et HAS a l'appui.
A retenir — Ce contenu informatif ne remplace pas l'avis d'un medecin ou d'un orthophoniste. Aucun auto-diagnostic n'est possible. Pour un panorama plus large, voir Troubles dys enfant : guide complet.
Une question d'origine, pas de responsabilite
Avant tout, la dyslexie n'est pas :
- Pas une maladie — le DSM-5 la classe comme trouble neurodeveloppemental specifique des apprentissages (F81.0). Une "maladie" suggere une cause pathologique acquise ou un dysfonctionnement biologique correctible ; un trouble neurodeveloppemental est une difference de developpement cerebral presente des la naissance.
- Pas un manque d'intelligence — la dyslexie est independante du QI. Les enfants dyslexiques presentent une distribution intellectuelle similaire a la population generale (parfois superieure dans les profils HPI-dys).
- Pas une consequence d'un manque de stimulation precoce — un enfant peu expose aux livres en petite enfance peut avoir un retard transitoire de pre-lecture, mais ne developpera pas une dyslexie pour cette seule raison.
- Pas une faute parentale — aucun comportement parental n'est cause de dyslexie. Les recherches sont sans ambiguite la-dessus.
- Pas un effet du bilinguisme — un enfant bilingue peut presenter un decalage temporaire de pre-lecture, mais le bilinguisme ne cause pas une dyslexie. Un enfant bilingue dyslexique l'est dans les deux langues.
Une cause principale : neurobiologique
Selon le consensus scientifique actuel (INSERM 2007 et reactualisations, etudes neuroimagerie 2000-2024), la dyslexie est un trouble neurodeveloppemental caracterise par :
- Des anomalies subtiles du developpement de regions cerebrales impliquees dans le traitement du langage et de la lecture.
- Une inefficience du traitement phonologique (capacite a manipuler les sons du langage).
- Une automatisation difficile de la lecture, malgre des capacites intellectuelles preservees.
Les regions cerebrales impliquees
L'imagerie cerebrale (IRM fonctionnelle, magnetoencephalographie) a permis depuis les annees 2000 d'identifier les regions specifiquement impliquees dans la dyslexie. Selon les meta-analyses (notamment Richlan, Kronbichler et Wimmer, Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 2009) :
- Region occipito-temporale gauche (aire de la "forme visuelle des mots", VWFA — Visual Word Form Area) — sous-activee chez les dyslexiques. C'est la region qui "reconnait" les mots ecrits comme des unites visuelles.
- Gyrus temporal superieur gauche — implique dans le traitement phonologique (sons du langage). Sous-active chez les dyslexiques.
- Gyrus frontal inferieur gauche (aire de Broca) — implique dans la production verbale et l'articulation interne. Active de maniere atypique chez les dyslexiques.
- Connexions blanches (faisceaux de fibres) — etudes plus recentes en DTI (Diffusion Tensor Imaging) montrent des differences de microstructure des connexions entre regions corticales.
L'hypothese phonologique dominante
L'hypothese la plus etablie pour expliquer la dyslexie est l'hypothese du deficit phonologique (Liberman et Shankweiler, Psychological Review, 1989 ; reaffirmee par Snowling, 2000) :
- Les dyslexiques presentent un deficit de la representation et de la manipulation des sons du langage (phonemes).
- Ce deficit rend l'apprentissage du code alphabetique (correspondance lettres-sons) particulierement difficile.
- En consequence : dechiffrage lent, erreurs phonologiques persistantes, automatisation difficile de la lecture.
- Hypothese visuo-attentionnelle (Valdois, Bosse, Tainturier, Cognition, 2004) — un sous-groupe de dyslexiques presenterait surtout un deficit de l'empan visuo-attentionnel (nombre d'unites visuelles traitables simultanement).
- Hypothese du deficit cerebelleux (Nicolson et Fawcett, Trends in Neurosciences, 2007) — implication du cervelet dans l'automatisation des taches.
- Hypothese magnocellulaire (Stein, Trends in Cognitive Sciences, 2001) — anomalie de la voie visuelle "magnocellulaire" (rapide, sensible aux mouvements).
Source INSERM 2007 — Expertise collective troubles specifiques des apprentissages
Une cause genetique majeure
Heritabilite
Les etudes familiales et jumelles convergent : la dyslexie est fortement heritable.
- Heritabilite estimee entre 50 % et 70 % selon les etudes (Pennington et Olson, 2005 ; INSERM 2007).
- Concretement : si un jumeau monozygote (vrai jumeau) est dyslexique, son frere a 60 a 75 % de risque de l'etre aussi. Pour un jumeau dizygote (faux jumeau, equivalent fratrie), c'est 30 a 45 %.
- Risque familial : un enfant dont un parent est dyslexique a un risque multiplie par 4 a 8 par rapport a la population generale.
- Chez les freres et soeurs d'un enfant dyslexique : risque multiplie par 3 a 5.
Genes identifies
Plusieurs genes ont ete associes a un risque accru de dyslexie. Aucun n'est "le" gene de la dyslexie — il s'agit de predispositions polygeniques (plusieurs genes contribuent chacun a un petit risque).
Genes les plus etudies (selon les meta-analyses GWAS — Genome-Wide Association Studies — et reviews recentes type Carrion-Castillo et al., Behavior Genetics, 2013) :
- DYX1C1 (chromosome 15) — implique dans la migration neuronale au cours du developpement embryonnaire.
- KIAA0319 (chromosome 6) — implique dans la migration neuronale corticale.
- DCDC2 (chromosome 6) — implique dans la formation des cils cellulaires et la migration neuronale.
- ROBO1 (chromosome 3) — implique dans le guidage axonal entre les hemispheres.
Important : avoir un de ces "genes a risque" ne garantit pas une dyslexie. Inversement, ne pas en avoir n'exclut pas le diagnostic. La genetique de la dyslexie est probabiliste, pas deterministe.
Pas de test genetique pour le diagnostic
Aucun test genetique n'est utilise en clinique pour diagnostiquer une dyslexie. Le diagnostic reste comportemental, par bilan orthophonique etalonne (cf Dyslexie enfant symptomes et bilan). La recherche genetique est de la recherche fondamentale, pas un outil de diagnostic individualise.
Facteurs de risque environnementaux
Les facteurs environnementaux ne causent pas une dyslexie, mais peuvent moduler l'expression d'une predisposition genetique ou aggraver les difficultes de pre-lecture.
Facteurs perinataux
- Prematurite (< 32 semaines d'amenorrhee) — risque augmente de troubles d'apprentissage globaux, dont dyslexie. Etudes Hack et al., Pediatrics, 1996 et reactualisations.
- Petit poids de naissance (< 1500 g) — risque accru.
- Asphyxie perinatale — pas un facteur direct de dyslexie, mais associee a un risque global de troubles neurodevelopementaux.
Facteurs ORL precoces
- Otites a repetition entre 6 mois et 3 ans, avec hypoacousie chronique non corrigee — peut aggraver la construction du systeme phonologique. Pas une cause directe, mais un facteur aggravant a surveiller.
Facteurs psychosociaux
- Faible exposition au langage ecrit en petite enfance — peut retarder l'entree dans la lecture, mais ne cause pas une dyslexie.
- Pauvrete linguistique de l'environnement — meme remarque.
Source HAS 2017 — Parcours de sante troubles specifiques langage et apprentissages
Mythes et idees recues
"La dyslexie est causee par les ecrans"
Faux. Aucune etude scientifique ne demontre un lien causal entre exposition aux ecrans et dyslexie. L'exposition excessive aux ecrans peut aggraver des difficultes de pre-lecture (moins de temps consacre a la lecture, moins d'interactions langagieres), mais ne cree pas une dyslexie.
"C'est une mauvaise lateralisation"
Faux. L'hypothese de la mauvaise lateralisation (Orton, annees 1930) a longtemps domine mais n'est plus retenue. Les etudes modernes n'ont pas confirme un lien causal entre lateralisation manuelle et dyslexie.
"C'est une inversion des lettres"
Imprecis. Les enfants dyslexiques inversent parfois des lettres (b/d, p/q), comme tous les enfants en debut d'apprentissage. La dyslexie ne se reduit pas a une inversion de lettres. Le critere central est un deficit phonologique et un dechiffrage lent, pas la confusion visuelle b/d.
"C'est lie a une carence en certains aliments"
Aucune carence alimentaire n'est documentee comme cause de dyslexie. Les complements alimentaires (omega-3, vitamines, magnesium) sont parfois proposes mais aucune meta-analyse robuste ne demontre d'efficacite sur la dyslexie elle-meme.
"Les filles peuvent etre dys aussi ?"
Oui. Le sex-ratio est leger : environ 1,5 a 2 garcons pour 1 fille selon les etudes. Les filles sont sous-diagnostiquees car les manifestations sont parfois plus discretes (moins de comportements externalises, plus d'inhibition et d'anxiete). La dyslexie chez la fille existe largement et merite la meme attention diagnostique.
"La dyslexie disparait avec l'age"
Faux. La dyslexie est un trouble neurodeveloppemental durable. Les manifestations peuvent s'attenuer avec la reeducation et la maturation, mais le trouble persiste a l'age adulte (cf Dys adulte et bilan tardif).
"Les ecritures speciales (police OpenDyslexic) guerissent la dyslexie"
Non. Aucune police ne guerit la dyslexie. Certaines polices (Open Dyslexic, Andika, parfois Comic Sans selon une etude Bachmann et Mengheri, Dyslexia, 2018) sont plus lisibles pour certains adultes dyslexiques — c'est une aide a la compensation, pas un traitement.
Implications pour les parents
Acceptation du trouble
Comprendre les origines neurobiologiques et genetiques de la dyslexie a plusieurs vertus :
- Decouple la culpabilite parentale : ce n'est pas une consequence des choix educatifs.
- Decouple la culpabilite de l'enfant : ce n'est pas un manque d'effort ou de courage.
- Permet d'orienter l'action sur les bons leviers : reeducation, amenagements, soutien psychologique. Pas sur des leviers illusoires (forcer la lecture, multiplier les exercices).
Surveillance familiale
Si vous etes dyslexique vous-meme, vous avez un risque eleve d'avoir un enfant dys. Cela ne signifie pas que tous vos enfants le seront, mais merite une surveillance attentive :
- Stimuler le langage oral et la conscience phonologique des la maternelle.
- Etre attentif aux signaux d'alerte (cf Depistage precoce 3-5 ans).
- Demander un bilan orthophonique des qu'un decalage persistant est constate.
Choix d'orientation
L'orientation vers les metiers de l'ecrit (droit, journalisme, communication) n'est pas a ecarter, mais les enfants dys gagnent a connaitre leurs profils cognitifs et a privilegier les domaines ou leurs forces (creativite, vision globale, oral, raisonnement spatial pour certains) sont valorisees. Cela n'a rien d'une fatalite — c'est une lucidite informee.
Implications pour la recherche
La recherche se poursuit sur plusieurs fronts :
- Identification de nouveaux genes — GWAS sur grandes cohortes.
- Neuroimagerie des trajectoires developpementales (avant, pendant et apres apprentissage de la lecture).
- Interventions precoces ciblees — programmes de stimulation phonologique en GS-CP.
- Outils de remediation numeriques — adaptation aux profils cognitifs individuels.
- Sous-types : identification de profils dyslexiques (phonologique pur, visuo-attentionnel, mixte) pour des prises en charge personnalisees.
FAQ
Est-ce que la dyslexie est une maladie ?
Non. La dyslexie est un trouble neurodeveloppemental (DSM-5, F81.0), c'est-a-dire une difference de developpement cerebral. Ce n'est ni une maladie, ni un retard mental, ni un dysfonctionnement reversible. La distinction est importante : une maladie se traite, un trouble neurodeveloppemental se compense et s'amenage.
La dyslexie est-elle genetique ?
Largement, oui. L'heritabilite est estimee entre 50 % et 70 % selon les etudes. Un enfant de parent dyslexique a un risque multiplie par 4 a 8 par rapport a la population generale. Mais ce n'est pas une transmission "mendelienne" simple : il s'agit d'une predisposition polygenique (plusieurs genes contribuent), modulee par l'environnement.
Peut-on faire un test genetique pour savoir si mon enfant sera dyslexique ?
Non. Aucun test genetique n'est utilise en clinique pour predire ou diagnostiquer une dyslexie. Le diagnostic reste comportemental, par bilan orthophonique. Les genes identifies sont des facteurs de risque polygeniques, sans valeur predictive individuelle suffisante pour un usage clinique.
Mes enfants seront-ils tous dyslexiques si je le suis ?
Non. L'heritabilite n'est pas la determination. Un parent dyslexique transmet une predisposition, pas une certitude. Statistiquement, environ 1 enfant sur 2 d'un parent dyslexique le sera. Inversement, ne pas l'etre est aussi possible.
Quels genes sont impliques dans la dyslexie ?
Plusieurs genes ont ete associes a un risque accru, dont DYX1C1, KIAA0319, DCDC2 et ROBO1. Tous interviennent dans le developpement embryonnaire du cortex cerebral (migration neuronale notamment). Aucun n'est "le" gene de la dyslexie — la genetique est polygenique et probabiliste.
Pourquoi les garcons sont-ils plus souvent diagnostiques ?
Le sex-ratio reel est probablement de 1,5 a 2 garcons pour 1 fille — plus equilibre que ce que les statistiques de prise en charge suggerent. Les filles sont sous-diagnostiquees car leurs manifestations sont souvent plus discretes : moins de comportements externalises (agitation, opposition), plus d'inhibition et d'anxiete. Elles sont reperees plus tardivement.
Y a-t-il un test IRM pour la dyslexie ?
Non. Les anomalies cerebrales sont subtiles et ne sont pas visibles sur les IRM cliniques. L'IRM fonctionnelle de recherche montre des differences statistiques entre groupes, mais ne permet pas un diagnostic individuel. Le bilan orthophonique etalonne reste l'outil diagnostique.
La dyslexie peut-elle apparaitre apres un AVC ou un traumatisme ?
Une difficulte de lecture acquise apres une lesion cerebrale (AVC, traumatisme) s'appelle une alexie (perte de la capacite de lire chez un sujet qui lisait avant). C'est un trouble acquis, distinct de la dyslexie developpementale qui est presente des l'apprentissage de la lecture. Les mecanismes neurobiologiques sont differents.
A retenir
- La dyslexie est un trouble neurodeveloppemental d'origine principalement neurobiologique et genetique.
- L'heritabilite est forte : 50-70 % selon les etudes. Plusieurs genes (DYX1C1, KIAA0319, DCDC2, ROBO1) sont identifies comme facteurs de risque polygeniques.
- L'imagerie cerebrale montre des differences subtiles dans les regions du langage et de la lecture (gyrus temporal, region occipito-temporale, region frontale gauche).
- L'hypothese phonologique est dominante : la dyslexie resulte principalement d'un deficit de traitement des sons du langage.
- Les facteurs environnementaux (prematurite, otites recurrentes) peuvent moduler mais ne causent pas la dyslexie.
- Aucun test genetique n'est utilise en clinique. Le diagnostic reste comportemental.
- Ce n'est pas une faute des parents ni un manque d'effort de l'enfant.
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Sources
- INSERM 2007, Expertise collective "Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : donnees scientifiques" — https://www.inserm.fr/expertise-collective/dyslexie-dysorthographie-dyscalculie/
- HAS 2017, "Comment ameliorer le parcours de sante d'un enfant avec troubles specifiques du langage et des apprentissages" — https://www.has-sante.fr/jcms/c_2822893
- DSM-5 (APA, 2013), F81.0 Trouble specifique de l'apprentissage avec deficit de la lecture.
- Liberman A. et Shankweiler D., "The alphabetic principle and learning to read", Psychological Review, 1989.
- Snowling M., "Dyslexia", Blackwell Publishing, 2nd ed., 2000.
- Pennington B. et Olson R., "Genetics of dyslexia", in The Science of Reading, 2005.
- Richlan F., Kronbichler M., Wimmer H., "Functional abnormalities in the dyslexic brain: a quantitative meta-analysis of neuroimaging studies", Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 33(4), 2009.
- Valdois S., Bosse M.-L., Tainturier M.-J., "The cognitive deficits responsible for developmental dyslexia", Cognition, 91(3), 2004.
- Carrion-Castillo A., Franke B., Fisher S., "Molecular genetics of dyslexia: an overview", Behavior Genetics, 43, 2013.
- Bachmann C. et Mengheri L., "Dyslexia and fonts", Dyslexia, 24(3), 2018.
Ce contenu informatif ne remplace pas l'avis d'un medecin ou d'un orthophoniste. Aucun auto-diagnostic n'est possible.
Questions fréquentes
Est-ce que la dyslexie est une maladie ?
La dyslexie est-elle genetique ?
Peut-on faire un test genetique pour savoir si mon enfant sera dyslexique ?
Mes enfants seront-ils tous dyslexiques si je le suis ?
Quels genes sont impliques dans la dyslexie ?
Pourquoi les garcons sont-ils plus souvent diagnostiques ?
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La dyslexie peut-elle apparaitre apres un AVC ou un traumatisme ?
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